God save me

Journal du soir.

04 août 2008

Graines d'étoiles...

Dans un sourire repus de bonheur, Takumi ouvrit un œil d’abord… puis deux, pour se redresser et regarder Hatori dormir. La poitrine du brun se soulevait avec douceur au rythme de sa respiration et le blond entendait son souffle endormit dans le creux de ses oreilles à l’affût. Il leva une main vers son visage et retraça les contours de sa joue, avant de suivre l’arrête de son nez avec le bout de son index. Qu’il faisait bon de dormir au près de son bien aimé… enroulé dans les couvertures et contre son corps ensommeillé.
Il pencha son visage et tout doucement, vint poser ses lèvres sur celles de son amant, avant de constater que celles ci rendaient les siennes sèches… tout comme sa gorge qui lui brûlait. Il se redressa alors et les couleurs autour de lui se mélangèrent pour l’envoyer dans une atmosphère aride et mobile.
Takumi se retourna dans ce qui lui semblait être son lit et un peu fiévreux, il ouvrit une bonne fois les yeux et constata que nul Hatori se trouvait près de lui, encore moins de couverture et de douceur. Une main plaquée contre son front, il se redressa pour s’assoire et découvrit autour de lui une plage de sable doré, déserte et couverte de déchets. Il tenta d’avaler sa salive mais seuls quelques grains de sables croquaient sous ses dents, comme si sa bouche s’était transformée en bocal sec.

Difficilement, il se leva et retira ses chaussures humides ainsi que ses chaussettes. Il dénoua également sa cravate, et fronçant les sourcils à cause d’un soleil puissant sur ses iris bleues et sensible, il jeta un regard circulaire autour de lui. Les premiers pas qu’il fit furent laborieux en raison d’un vertige certainement dû à une forte déshydratation et à la bosse qu’il sentait contre son crâne brûlant.
Il se traîna jusqu’à un coin d’ombre où il s’affaissa sur lui même, prenant conscience de la situation. Le fait d’être si sonné lui avait fait oublié les récents événements et à présent, ils revenaient un à un dans son esprit meurtri.
Il était sur un paquebot avec Hatori pour aller voir sa famille retournée dans leur pays natal qu’était l’Amérique et la sonnerie d’alarme avait été déclenchée… il avait donné son gilet de sauvetage au brun parce que celui ci n’en avait pas, et tout les deux ils avaient plongé avant d’être engloutis… puis plus rien de clair. Il se souvenait de cris autour de lui, les cris des gens qui appelaient leurs proches, et la voix d’Hatori qui lui disait de tenir bon en le cramponnant à son gilet…

Dans un gémissement plaintif, il se laissa aller au sommeil puisqu’à bout de forces, il ne pouvait déjà plus bouger.

Il ne sût pas combien de heures étaient passées, mais lorsqu’il entendit les aboiements d’un chien à côté de lui et qu’il se redressa, ses esprits revenues à leur place, il se découvrit de nombreuses crampes dans le dos et la nuque… et toujours cette horrible bosse qui tiraillait son cuir chevelu dans une douleur lancinante qui semblait avoir pris racine dans toute sa tête. Frottant ses yeux secs et rouges, il reconnu le chien qui jappait à côté de lui. C’était son chien à Hatori et à lui, celui qui avait été acheté lorsqu’il n’était encore qu’un chiot joueur. Sa main sale et poussiéreuse se hissa jusqu’à la gueule de l’animal pour le calmer et il baragouina quelque chose d’incompréhensible… qui ressemblait à « mais qu’est ce que tu fais la toi ? ». S’il voulait tenir encore un peu et pouvoir articuler correctement il devait trouver de l’eau, et vite. Se raclant la gorge, il se leva de nouveau et regarda sa montre qui s’était arrêtée à cause de l’eau. C’est alors qu’il entreprit de suivre les bords de la plage pour trouver quelqu’un, où quelque chose comme une cabane dans laquelle il pourrait trouver un résident. Ainsi il garda ses chaussures à la main et longea l’orée de la forêt de palmiers pour rester à l’ombre, dégustant chaque mare minuscule d’eau qui était restée de la dernière pluie dans les feuilles creuses à sa hauteur. Quelques heures passèrent durant lesquelles il eut tout loisir de se désaltérer, et il constata alors qu’il était revenu à son point de départ tandis que le soleil descendait déjà sur la mer qui s’étendait à perte de vue.

Son chien le suivait partout, remuant la queue ou lui ramenant un bâton de temps en temps pour jouer… mais Takumi lui répondait avec impatience et agacement que ce n’était pas le moment de jouer et qu’il fallait trouver quelqu’un de toute urgence. En route, il avait trouvé une valise qui n’était nulle autre que la sienne, parmi quelques morceaux de tôles et autres morceau déchiquetés par les vagues. Accroupis devant sa trouvaille, il vidait ses poches pour trouver quelque chose qui aurait pu l’aider à gagner du temps… un paquet de cigarettes par exemple. Mais tout ce qu’il trouva fut un bouton, un briquet à nettoyer et une épingle à nourrice, que des objets très utiles sans aucun doute.
Il ouvrit alors sa valise, se souvenant que son portable était resté dedans. Il le trouva et essaya de l’allumer mais pas moyen… il était remplit d’eau et en l’ouvrant, il rit de ridicule en versant l’équivalent d’un petit verre d’eau de mer sur son pantalon sec.

Que faire. Dans un soupire, il ouvrit son paquet de cigarettes encore couvert de son fin film plastique et souffla sur son briquet pour en retirer le sable. Les premiers essais furent vains, mais au bout d’un quart d’heure où il ne sentait plus ni son pouce ni les paumes de sa main droite, il put enfin s’enivrer de nicotines. En soufflant sa fumée grise le nez froncé de dégoût quant à la situation dans laquelle il se trouvait, il se leva et entreprit d’appeler à l’aide… ou de hurler dans toutes les langues qu’il connaissait si quelqu’un pouvait le comprendre et surtout : l’entendre.
Les cordes vocales meurtries et sa voix désormais inaudible à cause de l’heure qu’il venait de passer à s’époumoner sur cette plage, il s’assit sur sa valise et commença à rire de tout son saoul, reprenant à peine son souffle et frôlant la folie… avant de sentir le long de ses joues glisser de grosses larmes aussi salées que l’océan qui l’entourait. Il était seul sur cette île, ne savait pas ce qu’était advenu d’Hatori, avait pour seule compagnie un chien qui ne pensait qu’à jouer et pour seule nourriture des fruits exotiques auxquels il était allergiques et un biscuit sec, en miettes au fond de sa valise.
Voyant que le soleil n’arrêtait pas sa course vers la noyade, il se mit en tête de faire un peu pour garder un peu de lumière. Ce n’étaient pas ces évènements qui allaient lui faire perdre sa peur du noir, d’autant plus que cette île devait abriter des animaux sauvages. Ainsi il revint quelques minutes plus tard avec dans les bras des bûches sèches qu’il empila sur d’autres… suffisamment longues pour tenir toute la nuit. Pas de journal pour allumer, il retira sa chemise qu’il savait sèche et la déchira en bandelettes qu’il partagea en deux tas. Deux bandes pour entourer ses pieds meurtris, une pour garder sa frange en arrière et protéger un minimum sa bosse, une autre dans sa poche au cas où, et tout le reste entre les bûches. Son briquet allumé et approché des lambeaux, son feu ne prit pas tout de suite puisque les éléments n’étaient pas les plus faciles à faire brûler, mais il réussit tout de même son coup.
Sans plus attendre, il vida sa grosse valise et garda quelques pulls à l’intérieur où il se glissa en se pliant sur lui même et permit au chien de se coucher dans le couvercle à côté de lui…

Les yeux fixés sur les flammes qui dansaient devant lui, le blond ne trouvait plus de larmes à pleurer, mais il ne s’en sentait pas mieux pour autant. Il savait qu’il allait mourir sur cette île… seul et abandonné, à l’insu de tout le reste du monde… avec un chien qu’il ne mangerait pas… non pas parce qu’il ne voulait pas tuer les animaux qu’il aime, après tout niveau meurtre il n’en était plus à ça prêt… mais parce que s’il était vraiment seul, il savait qu’il ne tiendrait pas le coup.
Demain… demain il faudrait trouver un moyen de prévenir quelqu’un.


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